Vendredi 24 juillet 2015

3EME ETAPE : CASTILDELGADO - VILLAFRANCA MONTES DE OCA 22 km

Quel bonheur de sortir dans l'air frais du matin, l'esprit libre et le corps reposé, prêts à avaler la grosse vingtaine de kilomètres qui nous attend.
Le relief étant plutôt plat, le soleil va rapidement nous faire voir les teintes orangées de son lever. Comme déjà plusieurs fois sur le chemin, nous observons nos ombres extraordinairement longues qui se projettent sur les blés qui font office d'écran. Elles nous font ressembler à la sculpture de l'homme qui marche d'Alberto Giacometti : pieds énormes, jambes sans fin, corps filiforme et tête minuscule. Peut-être l'artiste a-t-il vécu pareille vision et y-a-t-il puisé son inspiration pour créer son personnage.
Après une heure de route sur des chemins caillouteux, une voiture nous rejoint et s'arrête à notre hauteur. Le chauffeur descend la vitre et nous demande si nous avons pris notre petit-déjeuner au "Chocolatero"? Étonnés, nous lui répondons par l'affirmative. Il nous tend alors un billet de 10 euros en s'excusant d'avoir encaissé deux fois le prix du petit-déjeuner. Nous tombons des nues devant un tel geste d'honnêteté. Partir à la recherche de pèlerins sur des routes pas très carrossables pour restituer un billet de 10 euros, combien de personnes l'auraient fait ? C'est en tous les cas un geste qui nous a marqué et qui fait partie des belles attitudes vues sur le chemin.
Durant plusieurs kilomètres, nous longeons la N120 sur des lignes droites interminables. Au bout d'un moment, nous ne prêtons même plus attention aux innombrables camions qui vrombissent à quelques mètres. A l'horizon, une ligne d'éoliennes hérisse une ondulation du paysage qui se situe peut-être à deux jours de marche.

Malgré une certaine monotonie des couleurs, les points de vue changent et l'on se voit avancer dans cette immensité. Aujourd'hui encore, il y a très peu de monde sur la route. On retrouve les italiens rencontrés deux jours plus tôt. Dans la matinée, un fort vent se lève et va nous accompagner durant le reste de la journée, rendant la chaleur beaucoup plus supportable.
Tout au long du parcours, de petites haltes aménagées nous permettent de reprendre des forces et de soulager les pieds qui foulent un sol trop homogène.
Nous passons par Belorado, Villambista et Espinosa del Camino pour poser nos bagages à Villafranca-Montes de Oca. Nous logeons dans un bâtiment historique : l'Hospital de la reina" qui, à la fin du XIVème siècle, aurait été très populaire auprès des pèlerins en raison des rations généreuses de nourriture. Il semblerait que cette tradition soit toujours d'actualité puisque, en prenant le repas du soir dans l'ancien réfectoire, il a fallu faire un petit effort pour honorer le contenu de nos assiettes.
En remontant dans notre chambre, nous nous amusons à observer par la fenêtre les grands-mamans du village qui jouent aux quilles avec une grosse boule en bois sur le parvis de l'église. Ça a l'air de les maintenir plus en forme que de jouer sur la "Wii".

 

 

 

« A cette époque, ma quête spirituelle était liée à l’idée qu’il existait des secrets, des chemins mystérieux… Je croyais que ce qui est difficile et compliqué mène toujours à la compréhension du mystère et de la vie… »

Paulo Coelho, le pèlerin de Compostelle