Jeudi 23 juillet 2015

3EME ETAPE : CIRUENA - CASTILDELGADO 20 km

Notre logeur a bien voulu se lever aux aurores pour nous apprêter notre petit-déjeuner. Le jus d'oranges pressées, les toasts, la confiture maison et un bon café nous donnent l'énergie de repartir d'un bon pied et même des deux qui sont en bon état, mis à part le petit orteil gauche d'Hélène.
En mettant le nez dehors, nous voyons que le ciel a revêtu sa tenue grise et laisse même échapper une petite bruine nous obligeant à utiliser la cape de pluie. Heureusement cela ne va pas durer. Alors que nous nous arrêtons pour la ranger, un petit lièvre vient nous rendre visite en nous montrant son derrière tout blanc.
Le paysage ondule en vagues de plus en plus étendues et peu élevées. Finis les vignobles, on passe à des couleurs paille, terre sèche, entremêlées de bandes verdoyantes marquant les limites de champs. Parfois, un beau jaune tournesol complète cette palette de couleurs.
Lorsque nous sommes au sommet d'une ondulation, on aperçoit le chemin à parcourir, un mince filet en perspective sur l'horizon, qui rejoint la colline voisine. Parfois, un pèlerin solitaire semble figé dans cette immensité, il nous faudrait certainement 30 minutes pour le rattraper.
Nous faisons halte à Santo Domingo de la Calzada. A cette heure, la ville est encore ensommeillée. Nous attendons l'heure d'ouverture de la cathédrale  pour être les premiers visiteurs de la journée à admirer l'exposition de peintures et de sculptures couvrant différentes époques dès le Moyen-Age. Pouvoir être seuls dans cette cathédrale provoque une émotion particulière. Même le couple de poules blanches qui trônent dans une cage magnifiquement ouvragée et qui restent là-haut trois semaines, ne se sont pas encore aperçus qu'il faisait déjà jour.

La présence de ces volatiles est liée à une légende en relation avec Santo Domingo. Un homme pendu serait resté vivant appuyé sur les épaules su saint. Alors que l'on annonçait cet évènement au juge qui l'avait condamné, ce dernier ce serait écrié : il est aussi mort que le poulet rôti dans mon assiette. A ce moment-là le poulet se mit à caqueter bruyamment.
A la sortie de la ville, nous quittons la Rioja pour pénétrer en Castille et Leòn. Juste avant, une borne kilométrique nous indiquait qu'il restait 555 km jusqu'à Saint-Jacques de Compostelle. Pour la pause de midi, nous nous arrêtons à l'ombre de l'église de Redecilla del Camino et complétons notre pique-nique en buvant un café au bar du village qui est bien fréquenté. Les personnes présentes parlent fort, s'invectivent et, si l'on était en Suisse, on pourrait craindre que que quelques uns en viennent aux mains. Mais ici point du tout. On parle enfants et famille, tout simplement. Et dans cette cacophonie, l'abbé Perritaz, pourrait dire que les poules chantent plus haut que les coqs.
Nous retrouvons le calme du chemin et atteignons notre gîte situé à Castildelgado, au bord de la nationale A120. C'est, en fait, un relais routier et le repas du soir sera un peu particulier. A 21h00 précises, on ouvre la "comedor" et les chauffeurs, qui patientaient au bar, s'installent, pour la plupart, seuls à une table, la tête levée vers la télévision qui passe les infos en boucle. En 20 minutes, certains ont terminé leur repas. Ce soir, Hélène s'est sentie bien seule parmi la vingtaine de "mâles" qui occupait les lieux.

 

 

 

 

« A cette époque, ma quête spirituelle était liée à l’idée qu’il existait des secrets, des chemins mystérieux… Je croyais que ce qui est difficile et compliqué mène toujours à la compréhension du mystère et de la vie… »

Paulo Coelho, le pèlerin de Compostelle