Mardi 24 juillet 2012

7EME ETAPE : AUBRAC-SAINT-CÔME D'OLT 24 KM

Nous faisons d'abord le plein d'énergie avec le magnifique petit-déjeuner servi au restaurant de la Dômerie. La journée nous verra quitter l'Aubrac pour aborder le pays d'Olt où coule le Lot. Nous partons de 1300 mètres d'altitude et arriverons ce soir à 300 mètres.

En sortant du village, nous apercevons un immense pays qui descend par paliers et qui se perd à l'horizon. Le premier sentier donne la couleur du jour : pente escarpée, pavée tantôt de guingois, tantôt ressemblant à une chaussée. Nous sommes en fait sur la Via Agrippa, une ancienne voie romaine. A plusieurs reprises nous pouvons identifier des passages où les marques de roues de chariots, à force de passer au même endroit, ont laissé leur empreinte semblable à un rail pétrifié. Et nous 2000 ans plus tard, continuons à user ces mêmes dalles. Comme quoi, sur le chemin, les temps anciens rejoignent le présent.

Ce temps présent a aussi une toute autre valeur sur cette route. On ne sait plus quel jour on est, l'heure s'apprécie en fonction du soleil. L'important est de savoir que l'on est juste à une journée de marche de la prochaine étape. Quel contraste avec la vie que l'on devra retrouver, l'oeil rivé sur la cadran de la montre. Il faudra bien prévoir quelques jours de transition.

 

Après une heure de marche, nous rencontrons une personne qui pourrait bien être le dernier habitant du pâté de maisons aux toits de lauzes, perdu dans cette immensité forestière. Les pèlerins doivent être les seuls à qui il peut encore parler. Ce petit bonhomme, usé par le temps, la casquette vissée sur la tête et comme perdu dans des bottes trop grandes, raconte en roulant les R et avec un superbe accent local qu'il est condamné à rester là depuis qu'il a eu "une accident" et qu'il ne peut plus conduire le tracteur. Il dit vouloir finir ses jours ici, et non dans un EMS de la ville qui sont de tristes mouroirs.

Une heure plus tard, nous atteignons Saint-Chély-d'Aubrac où nous pouvons assurer le ravitaillement. La chaleur monte au gré de notre descente en altitude. Quelques descentes "casse pattes" et traversées de bosquets de fougères géantes nous mènent aux abords d'un ancien four à pain où des voisins on laissé sur la table des Thermos de boissons chaudes et froides, service à volonté pour 1 Euro. Nous décidons d'y faire halte pour le casse-croûte.

 

Nous sommes bientôt rejoints par les québécois qui ont ronflé dans notre dortoir de la Tour des Anglais. Nous apprendrons ainsi quelques expressions fleuries : beurre de babines = beurre de cacao, feu sauvage = baiser sur la bouche.

Les derniers kilomètres vont éprouver tous les pèlerins, tant par l'inégalité de la route que par la chaleur torride.

L'arrivée au couvent des ursulines et la fraîcheur des couloirs sont bien appréciées et nous font vite oublier les inconvénients de la journée.

A 18h30 nous assistons à l'office chanté par des soeurs très accueillantes, mais malheureusement vieillissantes et sans grande relève.

Durant le repas, nos voisins sont les mêmes qu'à Aubrac et nous retrouvons également Martine que nous avions quittée au Sauvage où elle avait dû prolonger l'étape de 7 km, une vraie galère, selon elle.

 

 

 

« A cette époque, ma quête spirituelle était liée à l’idée qu’il existait des secrets, des chemins mystérieux… Je croyais que ce qui est difficile et compliqué mène toujours à la compréhension du mystère et de la vie… »

Paulo Coelho, le pèlerin de Compostelle