Dimanche 22 juillet 2012

5EME ETAPE : LES ESTRETS-LA FERME DES GENTIANES 20 KM

En arrivant au petit-déjeuner nous voyons débarquer les deux jeunes filles qui étaient en difficulté hier dans la descente sablonneuse. Il est vrai que les tongs ne sont pas la meilleure paire de chaussures pour aborder un terrain glissant. Elles ont passé la nuit sous tente dans le jardin et viennent boire un thé chaud pour se revigorer.

Nous quittons le gîte du Gévaudan par des sentiers ravinés et rejoignons Aumont-Aubrac. Les formes du paysage se font de plus en plus douces, rendant la marche très agréable. Ce matin l'air est encore frais et un vent du nord-est refroidit encore l'atmosphère nous obligeant à un changement de tenue régulier. L'arrivée à Aumont-Aubrac se fait en longeant les bâtiments de l'hôpital psychiatrique. A une croisée nous rejoignons la randonneuse hongroise et son amie qui nous ont attendus. Elles terminent leur périple pour cette année et voulaient nous souhaiter bonne route. Au village nous nous réchauffons autour d'une tasse de thé et faisons quelques provisions.

Nous reprenons notre chemin en dégustant un chausson aux pommes encore tout chaud et atteignons le hameau de la Chaze-de-Peire. L'église du lieu est bien curieuse : elle possède un mur mitoyen avec une maison d'habitation et un clocher dont le nombre de côtés varie en prenant de la hauteur.

Le vent est toujours aussi fort, il fait ondoyer les blés et les herbes hautes. Il nous oblige également a être vigilants avec nos casquettes qui menacent de s'envoler à chaque bourrasque. La pause de midi n'échappe pas à l'épisode de l'abribus que nous avons connu à chaque édition. Pendant que nous reprenons des forces, nous privons des petits rouge-queues de leur pitance, car les parents n'ont pas osé leur donner la becquée tant que nous avons été présents. Nous avons observé leur manège et ne nous sommes pas attardés pour leur laisser le champ libre. Un graffiti attire notre attention juste avant le départ : "Ne perds pas espoir, c'est lorsqu'il fait le plus noir que la lueur du jour est proche". Cette phrase aura peut-être réconforté un pèlerin ayant eu un coup de blues.

Sur quelques kilomètres nous cheminons en forêt, ce qui nous permet d'entendre le pic frappant de son bec le tronc qui lui fournit sa nourriture. Les passereaux nous précèdent en voletant de piquet en piquet, deux écureuils déboulent et traversent le chemin et les lézards fuient sous nos pas.

Nous faisons une pause café chez Régine et remarquons cette sentence sur la porte du petit coin : il est interdit de remplir des mots croisés aux heures de pointe. Dans un registre moins humoristique la maxime inscrite sur la paroi, à côté de notre table, est libellée ainsi : Entre le passé où sont nos souvenirs et le futur où sont nos espérances, il y a le présent. Nous prenons conscience que ce présent est extraordinaire et qu'il faut le vivre pleinement.

A l'étape, pour le repas du soir nous sommes 32 personnes attablées dans la grande salle à manger de la ferme des Gentianes. Ce soir l'aligot est au menu. On l'attendait avec impatience car on nous en parlait depuis plusieurs jours. La patronne de la ferme, la carrure solide, entre en scène avec une marmite imposante contenant un plat hybride de "purée de pomme de terre-fondue au fromage". Avec une grande spatule, elle manipule la masse pâteuse en l'étirant un mètre au-dessus du récipient. C'est ensuite le service à la louche en faisant passer les assiettes. Une sauccisse à rôtir et de la salade accompagnent l'aligot. Avec en dessert un gâteau aux poires, l'estomac du pèlerin affamé est calé. Nous avons maintenant plus chaud et avons retrouvé des forces pour affronter les températures qui ne sont pas franchement de saison. (3° à l'heure du coucher).

 

 

 

« A cette époque, ma quête spirituelle était liée à l’idée qu’il existait des secrets, des chemins mystérieux… Je croyais que ce qui est difficile et compliqué mène toujours à la compréhension du mystère et de la vie… »

Paulo Coelho, le pèlerin de Compostelle