Mercredi 27 juillet 2011

9EME ETAPE : MONTFAUCON-EN-VELAY - SAINT-JEURES 17 KM

A peine sortis de la ville, nous sommes immédiatement dans la nature. L'étape étant courte, nous prenons le temps de flâner. Et le ciel ? Ce matin à 7h00, au tirer du rideau on se demande si ce sont les yeux qui sont encore embués ? Hélas, l'image est bien réelle, on est au mois d'octobre et le brouillard épais bouche l'horizon. Le thermomètre marque péniblement 13°, pas vraiment folichon. Nous resterons cependant au sec toute la journée et le T-shirt suffira. Par contre le "zip-off" du pantalon n'a pas encore été déclenché depuis le départ!

La région est parsemée de quelques fermes isolées, qui ont, semble-t-il, été épargnées par les progrès de ces dernières décennies. Nous retrouvons de vieux bâtiments aux alentours non goudronnés, des poules pataugeant dans la boue près du tas de fumier, des chiens couchés devant les portes, n'ayant même plus l'habitude d'aboyer tellement les passants sont rares. L'écurie est sombre et basse et on se demande si les vaches doivent plier les genoux pour passer la porte. Un canard, suivi de deux canetons en sortent en se dandinant sans presser le pas. Dans cette contrée l'aiguille des secondes avance moins vite qu'ailleurs.

Après 9 kilomètres, nous atteignons la petite ville de Tence. De loin, on pourrait la comparer à une maquette en legos gris, en effet, la pierre de taille est exclusivement utilisée pour la construction. Lorsqu'on veut donner une plus-value esthétique, on érige des murs type nid d'abeille, et le must, on recouvre les toits de lauzes.

A midi, pause déjeuner à la mode italienne: bruschette et pizzas. Ici l'eau en bouteille est vendue deux fois plus cher que la bière ou le vin. Par contre l'eau en carafe est gracieusement offerte. Durant les 8 kilomètre suivants, nous passerons dans une zone de production de fruits rouges. Notre petite plantation de framboises de la Buchille paraît bien modeste en comparaison des hectares plantés ici sous bâche et dont les nouvelles pousses atteignent 2.5 mètres. Plus loin les grandes stries rouges ressortent du vert omniprésent. Ce sont les plantations de raisinets, dont les grappes tellement denses sont visibles à 100 mètres.

On entre à Saint-Jeures par le cimetière, avec ses maisons massives en pierre et le calme qui règne, on a le sentiment d'entrer dans une des villes mortes visitées sur les plateaux du nord de la Syrie. Nous repérons notre gîte, Le Fougal, un pèlerin dépité en sort car la propriétaire venait de lui dire que l'unique chambre était réservée ... pour nous.

Nous logeons dans une chambre à l'étage, avec sanitaires au rez. La température l'exigeant, le chauffage a dû être enclenché. Eté quand reviendras-tu?

Le repas de Martine, c'est quelque chose. Le cadre d'abord : feu dans la cheminée et table digne d'un château du Moyen-Age (environ 5 mètres de long), nous serons  quatorze à partager ce moment convivial. Un couple bavarois qui a parcouru 34 kilomètres, notre homme dépité et son compagnon, qui n'ont pas trouvé ailleurs de quoi se sustenter, un couple de Grenoble qui fait le GR 65 à l'envers, une famille du Sud de la France dont le fils à la même intonation que Marcel dans le "Château de ma mère" de Pagnol.

Le menu : vin blanc et verveine du Puy en apéritif, salade périgourdine aux gésiers de canard en entrée, côtes de porc, saucisses de couanne et rattes du jardin en plat principal, fromages secs et fromages frais,  clafoutis au abricots et son coulis en dessert. Avec un café pour bien faire descendre le tout.

Ici on vit un peu en autarcie, on essaie de produire chez soi un maximum d'aliments. Mon voisin de droite, qui a également l'intonation chantante de gens du Sud parle l'occitan et tape dans le "rouge" comme trois. Alors que je me sers une côte de porc, il me glisse : Allez, prends-en encore une, tu me fends le coeur! J'ai suivi son conseil, mais ai peiné à vider mon assiette.

L'Auvergnat a la même réputation que les gens d'Echarlens, soit celle d'être pingre. Mais ce soir, c'est dans les paroles de la chanson pour l'auvergnat de Brassens que nous trouvons les vraies valeurs des gens de ce pays.

 

 

 

 

« A cette époque, ma quête spirituelle était liée à l’idée qu’il existait des secrets, des chemins mystérieux… Je croyais que ce qui est difficile et compliqué mène toujours à la compréhension du mystère et de la vie… »

Paulo Coelho, le pèlerin de Compostelle