Vendredi 22 juillet 2011

4EME ETAPE : POMMIER-DE-BEAUREPAIRE - SURIEU 25 KM

La quatrième étape de l'année dernière, avec arrivée à Allaman, nous avait vu terminer en cloques... et courbatures de toutes parts; nous abordions donc celle-ci avec un peu de méfiance. Alors que les coureurs du Tour de France attaquaient le Galibier et le Tourmalet, nous allions rester à des altitudes bien plus modestes mais allions être sur les semelles bien plus longtemps qu'eux.

Le petit-déjeuner nous avait été amené dans nos appartements la veille à 20 h afin que nous puissions partir à l'heure de notre choix. Le propriétaire du gîte est en fait un hollandais, détail qu'il nous glisse avec un petit sourire en déposant des biscottes Nederland AOC. Homme bavard mais efficace et débrouillard dans sa gestion du gîte, il nous dit tout le mal qu'il pense des transports par rail français, lesquels se focalisent à rentabiliser les grandes lignes en délaissant pitoyablement les régions. Nous avions testé le système le premier jour et ne pouvions que lui donner raison.

8 heures : au revoir le Mas Sur Chardon. les 7 premiers kilomètres sont un bain de nature entre forêts et chemins bordés de haies vives. On y entend roucouler les tourterelles et il arrive que l'on débusque un oiseau nichant sur les bords de route. Au sortir d'un bois, trois énormes platanes, plus que bicentenaires, en avaient fini de vivre et lançaient vers le ciel leurs branches comme des mains aux doigts crochus. Leur dépouillement jetait une touche hivernale parmi cette végétation si foisonnante. A part les volatiles, pas grand monde sur la route, si ce n'est deux Suisses allemands avec lesquels nous avons joué à je te dépasse, tu me dépasses. L'épicerie de Revel-Tourdan nous permettra de faire le plein de provisions puis nous repartons au rythme des cliquetis de nos pieds d'appoint télescopiques.

Régulièrement, nous remarquons des vignes, laissées à l'état sauvage, qui descendent perpendiculairement au chemin. Elles feront certainement le plaisir des oiseaux gourmands. Pause boisson, le TGV ne s'en soucie guère et nous passe dessus à 200 km/h. Précisons qu'il y avait un pont au-dessus de nos têtes.

A l'heure de se sustenter, nous dénichons en pleine forêt, un abri à l'équilibre précaire, mais qui a tout de même un banc nous permettant de délester nos pieds. A proximité une pompe à eau nous livre le précieux liquide directement du château d'eau qui se trouve à 300m.

De colline en colline nous approchons de notre but. Après Bellegarde et sa chapelle de la Sallette, nous arrivons sur un belvédère qui domine la plaine de Valloire, reliquat d'un golfe marin et dont le sol est fait de l'érosion des Alpes naissantes. L'endroit est un balcon qui nous fait admirer le panorama du Vercors à l'est au Massif du Pilat à l'ouest, chaîne que nous longerons puis passerons ces prochains jours.

3 km avant l'arrivée, les pieds en ont un peu marre, qui plus est sur du goudron qui commence à chauffer. Remède : changement de pneus et passage à la roue de secours allégée. Manque de chance, 300m plu loin, c'est le retour dans la forêt sur un chemin galetteux à souhait et parsemé de flaques d'eau. Les sandales auraient pu ne pas goûter à la chose mais les pieds s'en sont trouvés ravis avec une séance de réflexologie qui les a détendus de tous ces kilomètres parcourus.

 

La tour de Surieu, vestige s'un château féodal du Moyen Age, nous annonce l'arrivée au couvent des Carmélites, notre pied à terre pour la nuit.

Nous sommes accueillis par une soeur, robe brune et voile noir, dont la voix douce et empreinte de la règle du silence du monastère. Elle nous emmène au deuxième étage de l'hôtellerie, chambre San José. La pièce de 15 m2 est assez monacale mais n'a rien à voir avec celle des chartreux. Deux lits, séparés bien sûr, sont au pied d'un mur de pierres apparentes faisant référence à la simplicité de l'endroit. Une petite table, deux chaises et un lavabo dans une armoire. Les sanitaires sont à l'étage inférieur. Pour l'instant c'est notre premier souci bassement matériel. Il faut faire un peu rapidement car à 17h il y a l'office.

L'église est un petit bijou du premier âge roman avec son architecture dépouillée qui colle parfaitement à l'ordre des Carmélites. Des chants, tantôt à l'unisson, tantôt en polyphonie, quelques lectures et prières animent la cérémonie pour une dizaine de soeurs et une poignée de fidèles.

19h30 tapante, et là il vaut mieux être plus précis que les trains français, nous sommes attendus par 5 convives déjà accoutumés à la chose et qui prendront le repas avec nous en silence, comme il se doit. Tout le monde attend derrière sa chaise. Auparavant, on nous avait tendu une serviette dans sons rond portant le nom de la chambre. Un homme donna le signal du départ par une prière spontanée, rite qu'il devait avoir l'habitude de pratiquer. Par la suite, à coup de clins d'oeil et de signes de la main, le repas se déroula à un rythme soutenu pour démarrer avec une quiche au chèvre frais, poursuivre avec spaghettis et gratin d'endives-tomates et terminer par les fromages, les fruits ou les yaourts. On y ajoute encore le débarrassage de la table et la vaisselle en silence et top chrono : 33 minutes se sont écoulées. Au départ on est assez intrigués de savoir comment vont se passer les choses, de plus avec des convives inconnus. Et puis finalement, le langage des signes étant universel, on aurait aussi bien pu vivre l'expérience avec un ouzbek, une chinoise, un russe et un raton laveur, cela aurait fonctionné de la même manière. Ce moment rapide, intense, a valu la peine d'être vécu.

 

 

 

 

« A cette époque, ma quête spirituelle était liée à l’idée qu’il existait des secrets, des chemins mystérieux… Je croyais que ce qui est difficile et compliqué mène toujours à la compréhension du mystère et de la vie… »

Paulo Coelho, le pèlerin de Compostelle