Mardi 27 juillet 2010
7EME ETAPE : CHENE-BOUGERIES - COPPONEX  29  KM

Commanderie de Compesières
D’une architecture imposante mais sobre, ce château du XVe siècle se trouve dans la campagne genevoise au pied du Mt- Salève. Construit par l’Ordre de Malte, il est successivement hospice pour les pèlerins, infirmerie militaire et fabrique de salpêtre. La commanderie fait partie du patrimoine de la commune de Bardonnex depuis 1882. En 1955, la commune met une salle du château à la disposition de l’Ordre de Malte pour y abriter un musée riche en histoire. A contempler également, sa Salle des Chevaliers ainsi que les vitraux et le plafond armorié de l’église jouxtant le château.(www.geneve-tourisme.ch).

Frais comme des gardons, avec un solide petit-déjeuner, nous avons repris la route avec un moral et des pieds tout neufs.
Si on avait joué à «où est donc Charlie», en l'occurrence Daniel et Hélène, avec une photo satellite de Genève, on nous aurait retrouvé sans peine, avec nos sacs de sherpas, les bâtons et les souliers de randonnée, équipement qui aurait presque pu faire croire que nous partions à la conquête du Mont-Blanc depuis les quais qui portent son nom. A côté des «golden-boys» - costards, cravates, mallettes - qui nous côtoyaient dans les quartiers d’affaires, nous faisions un peu tache. Après une course d’orientation de 5 km en ville, de feux rouges en ruelles, de dépliage de carte en traversées, parfois hasardeuses, au bout de 2h30, nous avons enfin pu tamponner nos crédentiales à la douane de Bardonnex marquée  physiquement par une petite barrière sur un sentier pédestre. Nous voilà maintenant chez les Hauts-Savoyards, Le balisage du parcours comme les paysages se mettent à changer. Pour midi, arrêt à Neydens, au resto du camping, qui nous propose la formule à 11 Euros. On est partant pour l’entrée salade, la cuisse de canard, gratin, légumes et dessert. La route prenait de l’altitude, il fallait bien aussi mettre les forces à la hauteur.

Chartreuse Notre-Dame de Pomier
Durant 600 ans, la Chartreuse de Pomier fut un lieu de prière et de méditation. Au cours du siècle dernier, transformée en hôtel-restaurant, elle a accueilli de nombreux hôtes.
La rénovation de la Chartreuse de Pomier en ce début du XXIe siècle, été conçue pour continuer cette vocation de réflexion et d'accueil, en aménageant dans ce site historique un lieu privilégié pour les réceptions, réunions, mariages, séminaires, séances de travail, conférences, expositions, ou encore concerts...
(www.chartreuse-de-pomier.fr)

Les chemins prennent l’aspect de ceux des Préalpes et le pas du randonneur de montagne rythme les montées bien escarpées malgré une altitude qui va plafonner à 875 mètres. Passage à la chartreuse de Pomier dont la forêt de hêtres est enchanteresse, Nous laissons à notre droite le col du Mont-Sion, pour entamer la descente nous amenant à Copponex à 437 mètres d’altitude. Notre pied-à-terre du jour se trouve à la Route de Châtillon 1654. Nous avons vite compris que les numéros des habitations correspondaient au nombre de mètres à parcourir depuis le début de la rue. Très bon pour le moral lorsqu’on a déjà 28 kilomètres dans les jambes ! Nous sommes accueillis au gîte par deux chiens qui nous accompagnent dans l’escalier et avertissent notre hôtesse de notre arrivée.
Cette charmante dame s’étonne que nous ne l’ayons pas appelée pour venir nous récupérer au col comme certains semblent le faire. Elle nous conduit à notre chambre par un véritable labyrinthe de pièces en enfilade, en commençant par la cuisine, une salle à manger, un couloir flanqué de portes et faisant des coudes à 90 °, enfin une salle polyvalente avec  billard, babyfoot, sono...
Notre hôtesse est une arrière-grand-mère de huitante-quatre ans, au pas alerte et au verbe facile, veuve depuis vingt ans et qui a quitté Paris pour venir s’établir en Haute-Savoie et passer sa retraite en se vouant à l’accueil des hôtes de passage ou des travailleurs frontaliers. C’est ainsi que Jean-Claude, qu’elle considère comme son fils adoptif, loge chez elle depuis douze ans. Nous faisons aussi la connaissance de Jean-Marc, un gros dur qui a une formation de chaudronnier-soudeur-tuyauteur qui prend pension ici depuis cinq ans, quatre jours par semaine. Un dur en apparence, car il appelle sa logeuse «mamie» et sa femme qui lui téléphone pendant le repas «ma biche». Kir en apéritif, quiche et salade en entrée. La conversation va bon train et Jean-Marc, avec son accent et ses expressions truculentes, ponctuées d’abréviations que nous ne comprenons pas toujours, descend en flèche l’éducation et le système social français. Plat principal : gigot d’agneau et côtes de bette gratinées, coup de rouge régional. La discussion part sur les enfants, l’adoption et Jean-marc nous explique sa condition d’immigré italien de la deuxième génération. Ses parents ne lui ont jamais parlé sa langue d’origine car ils pensaient qu’en vivant en France, leurs enfants devaient parler français. Il pense maintenant que c’est plutôt une richesse de savoir parler deux langues et il aurait fait un bon candidat pour les interviews de Séverine, dans le cadre de son travail de Master. Dessert avec framboises et fromage blanc ainsi que fromages de la région. A l’évocation du gruyère, notre hôtesse, à notre étonnement, nous raconte l’histoire des chèvres de Gruyères : les femmes, seules au château, avaient attaché des bougies aux cornes des chèvres et les avaient lâchées sur la colline pour faire fuir l’ennemi. Pour terminer le repas «mamie» nous propose un «coup de gnôle» qu’elle prend tous les soirs avec Jean-Marc, une succulente williamine, cela alourdira le sommeil. Quelle énergie a cette octogénaire qui s’occupe seule de l’accueil, de l’entretien et de la confection des repas. Elle ne compte pas s’arrêter de sitôt car, dit-elle, elle se sent encore très jeune. Le jour venu, elle souhaite cependant disparaître subitement. Le ciel l’entendra-t-elle ?

 

 

 

« A cette époque, ma quête spirituelle était liée à l’idée qu’il existait des secrets, des chemins mystérieux… Je croyais que ce qui est difficile et compliqué mène toujours à la compréhension du mystère et de la vie… »

Paulo Coelho, le pèlerin de Compostelle