Samedi 24 juillet 2010
5EME ETAPE : ALLAMAN  - MIES 31 KM
Notre gîte de ce jour, une demeure qui fait partie d’un domaine viticole, m’a rappelé par les odeurs, la disposition des pièces et le mobilier, le logement de mes grands-parents dans les années 1960. Un hall d’entrée au carrelage vieillot et une grande cuisine sans agencement fixe. Notre chambre est un bric-à-brac digne d’un inventaire à la Prévert avec au moins 200 figurines de toutes sortes représentant des coqs, un morbier, une plante verte tentaculaire qui grimpe le long de la paroi et dont les tiges sont guidées par des papiers punaisés et une lampe de chevet Ikea sur la table de nuit.

Au-dessus du lit, une bibliothèque pleine à craquer de tous les volumes des éditions Mon Village, un phoque en peluche, une boîte de chocolat «amours au cognac» renfermant certainement des souvenirs et datant des années 1960. Tout cela sur un rayonnage dont l’horizontalité était à un souffle de tout laisser tomber. Je me suis donc passé du moindre ronflement pour éviter la catastrophe. Que dire encore des WC séparés, calés dans un coin de couloir, avec une porte aux gonds forgés, à la chasse d’eau perchée à 2 mètre 50 qui vous envoie une trombe dans la cuvette et un siphon provoquant un mini cyclone qui aspirerait n’importe quoi plus puissamment qu’un «Dyson». Après avoir dormi comme des souches, il a fallu soigner la deuxième monture qui a voyagé un peu plus loin que l’autre en se ménageant, mais qui a bien fini par hériter d’une belle ampoule au talon et de deux autres aux petits orteils, membres presque inutiles, mais qui se rappellent à votre bon souvenir lorsqu’on les frotte un peu trop. Merci les Compeed.
Hier, sous la pluie, nous avons erré comme deux ectoplasmes rouges descendants de Quasimodo au bord du Léman. Aujourd’hui, le ciel a sorti son troupeau dans ses pâturages bleus et nous garantissait de fraîcheur pour cette longe étape. Nous allions faire un Super-G entre rives lacustres, montées vers l’autoroute ou la voie ferrée, une porte à aller chercher dans les vignobles ou dans les zones chics où l’on croise davantage de Ferrari et d’Audi coupé que d’Opel corsa.
En cours de route, nous longeons aussi des champs de tournesols qui tels d’humbles et frêles pénitents inclinent la tête pour marquer leur respect à la divinité solaire.
Les kilomètres défilant, les ampoule se font douloureuses. Vers 13 heures après cinq heures d’effort, la jauge du carburant est sur la réserve depuis un moment, les rotules de direction commencent à avoir du jeu et c’est sur les jantes que nous nous garons à Nyon, dans une pizzeria pour effectuer une service bien mérité. Plein de carburant, refroidissement du moteur et un coup de tuning au Dolo-Spedifen. Entre temps, un petit garçon avait repéré notre coquille sur le dos, ce qui nous a permis de lui fournir les explications demandées.
14 heures - 18 heures départ pour douze kilomètres avec le petit coup de dopage qui a assez bien fonctionné. En partant de Nyon le balisage nous conduit même dans le centre commercial. A la sortie un vieux monsieur, tout claudiquant, m’a fait penser à une expression lue dernièrement qui l’illustrait parfaitement :il avait les jambes torses comme quelqu’un qui a fait Paris-Bordeaux sur un camion-citerne. A l’arrivée à Mies, je dois avouer que nous lui ressemblions un peu. Après trente et un kilomètres d’effort, on attend plus qu’une douche et une bière. Quand vous arrivez devant l’hôtel réservé et qu’une affiche vous indique que l’établissement est en rénovation jusqu’au 16 août, les bras vous en tombent et le sac à dos également. Par bonheur, deux Autrichiens, qui font le chemin de Saint-Jacques en train et à pied avaient repéré, épinglé sur une porte dérobée, un numéro de téléphone à appeler. Soulagement, dix minutes plus tard, nous nous retrouvons locataires d’un hôtel fantôme, seuls occupants avec le couple rencontré. Unique consigne : laisser la clé sur la porte de la chambre en partant, ce que nous enregistrons avec plaisir et étonnement.

 

 

 

« A cette époque, ma quête spirituelle était liée à l’idée qu’il existait des secrets, des chemins mystérieux… Je croyais que ce qui est difficile et compliqué mène toujours à la compréhension du mystère et de la vie… »

Paulo Coelho, le pèlerin de Compostelle