1ERE ETAPE : MARSENS - MEZIERES 12 KM
C’est parti pour 12 petits kilomètres. Déjà la première côte pour tester le poids du sac, qui en définitive, n’est pas si pesant. Facile à dire la première heure ! Peut-être le maudirons-nous lorsque nous aurons 20 kilomètres dans les pattes.
Depuis le dessus des monts, je ne peux m’empêcher de jeter un coup d’oeil au panorama si grandiose des Préalpes avec au pied son lac qui a revêtu pour l’occasion un bleu particulièrement profond.
Place maintenant au rythme de croisière, vitesse et vision «escargot» en regardant une chenille traverser la route, une sauterelle faire de la balançoire sur un brin d’herbe, le vol hésitant du papillon qui butine ou l’oiseau mort qui a le bord de la route pour sépulture. Les sens se mettent aussi en éveil avec les effluves de sous-bois qui titillent nos narines (enfin surtout les miennes), les odeurs un peu moins bucoliques des abords de fermes ou les merveilleuses senteurs du regain bien sec.
Après une heure de route, bonne surprise : un balisage Bulle-Romont nous envoie sur un nouveau tracé à travers chemins creux et lisières de forêts, jouant entre ombre et lumière, avec en prime une petite brise qui nous fait oublier les 30 degrés qui cognent sur nos têtes.
Arrêt à l’église de Grangettes, petit bijou perché sur sa colline comme un phare pour le pèlerin. A l’intérieur, retour dans l’histoire avec un choeur datant de 1430, une colonne monolithique surmontée d’un calvaire de la fin du Moyen-Age, une chaire magnifiquement sculptée et le tout baigne dans une lumière diffusée par des vitraux d’un grand art créés par Anselmo Francesconi. Puis c’est la descente dans la vallée de la Neirigue, une traversée de forêt infestée d’insectes et nous voilà en vue de la première étape. Le passage obligé à l’église de Mézières nous prouve bien que l’on est au pays du vitrail. Là aussi l’ambiance lumineuse du lieu vaut bien le détour.
Rachel, Bertrand et Florent nous reçoivent avec beaucoup de gentillesse. Nous passons la soirée en devisant sur les colonies de vacances, les aventures du petit hérisson sauvé par miracle et le gérant de fortune allemand reconverti en jardinier.

Marsens 13 h 10, la pointe recouverte d’un bouchon, pour faire un peu moins de bruit, je fais mes premiers «pas» dans la montée de la Route de la Buchille, pour la première étape de son pèlerinage ma propriétaire me promène sur les chemins de Gruyère et de Glâne, de route goudronnée en chemin creux, je parcours 12 kilomètres pour rejoindre Mézières. J’ai bien mérité du repos au coin de la porte-fenêtre, quand soudain deux petites mains s’emparent de ma crosse et le petit menton de Florent me chatouille agréablement. Un éclair pour la photo et je retrouve mon coin pour y passer une nuit tranquille, je sens que demain la journée de marche sera plus longue. (La Canne)

 

 

 

« A cette époque, ma quête spirituelle était liée à l’idée qu’il existait des secrets, des chemins mystérieux… Je croyais que ce qui est difficile et compliqué mène toujours à la compréhension du mystère et de la vie… »

Paulo Coelho, le pèlerin de Compostelle