Lundi 2 août 2010
12EME ETAPE :   CHAMPAGNEUX - LES ABRETS  20  KM
Encore une originalité au petit-déjeuner; en plus des croissants chauds, un gâteau en forme de coeur. Peut-être notre hôtesse a-t-elle voulu marquer d’une façon particulière le fait que nous ayons fait la première réservation sur son gîte qui vit sa saison inaugurale. Elle nous assure qu’elle se rappellera de nous et que l'événement avait été pour elle un immense plaisir. Ce couple vient de la Somme et s’est établi à Champagneux il y a quatre ans. Madame étant au chômage et se languissant dans ce coin perdu, elle a décidé d’avoir du contact en recevant des hôtes, ce qu’elle fait à merveille.
Pour rejoindre le chemin nous devons remonter en direction de Grésin. Au passage, nous dérangeons un lièvre qui ne s’attendait pas à voir passer deux hurluberlus sur la route de son terrier.
En entrant dans l’église de Grésin, belle émotion : une cellule déclenche une sono qui nous envoie à plein volume L’Alleluia du Messie de Haendel. On se serait presque pris pour un couple royal pénétrant dans la Cathédrale de Reims à la différence que l’édifice n’était guère plus grand que la chapelle des Marches.
Par monts et par vaux nous atteignons Saint-Génix-sur-Guiers. Nous croisons une silhouette qui ne nous est pas inconnue, nous avions effectivement mangé à la table voisine de cette dame à Yenne. Toute la journée, ce sera un chassé-croisé, nos rythmes de marche n’étant guère compatibles. Elle a commencé son parcours à Genève et va le poursuivre encore une semaine. Aujourd’hui, elle nous confie qu’elle est vraiment «dans le dur» à sa septième étape. De plus, n’ayant rien réservé pour la nuit, elle galère tous les soirs pour se loger. La veille, grâce à la bienveillance d’un habitant du coin et de nombreux téléphones, elle a passé la nuit dans un château. Nous la verrons encore plusieurs fois aux Abrets à la recherche d’une solution pour la nuit. Finalement, sous la pluie et après trois heures d’attente pour prendre un bus, elle fera le trajet jusqu’au bord du lac de Paladru.
Pour nous aussi ce fut un peu la galère pour situer l’arrêt de bus nous permettant de rejoindre Chambéry.
Acte 1 : un gars avec sac à dos et qui prétend avoir fait deux fois le chemin, nous décrit d’une façon aussi compliquée qu’improbable l’emplacement de la gare. A l’odeur et l’haleine, il devait plutôt s’agir d’un SDF qui n’avait plus le sens de l’orientation.
Acte 2 : La serveuse du bar PMU où nous prenons un café, est plus affairée par les paris des gars qui sont au comptoir et nous envoie sur des arrêts de bus, juste à côté, mais qui nous feraient rejoindre Grenoble.
Acte 3 : en sortant nous avisons le panneau gare SNCF. Super on est sur la bonne voie! Huit cents mètres et un orage plus loin, nous y sommes. Gare fantôme livrée aux tagueurs. Cependant une feuille A4 nous indique tout de même que le car TER, qui n’a d’ailleurs rien à voir avec la SNCF, a un arrêt en face de la poste, soit à deux pas de notre bar PMU.
Acte 4 : huit cents mètres en arrière et un orage de plus, nous nous renseignons auprès de l’employée postale qui n’en sait fichtre rien; les cars ce n’est pas la poste! Un client vient finalement à notre secours. L’arrêt de bus est bien en face, sous le panneau parking.
Acte 5 : sur place, cependant, ni panneau indicateur, ni horaire, ni même la trace d’un arrêt. Un nouveau café et trois quarts d’heure plus tard, nous attendons, sacs posés contre une façade, parapluie pour nous abriter. Ce bus existe-t-il vraiment ? 16h33, il débouche dans la rue, nous le hélons au passage et ouf! nous pouvons rejoindre Chambéry pour 7 Euros et une heure de trajet. Le prix est certes modeste, mais le service de renseignements quelque peu défaillant pour une petite ville de province. Nous serons les seuls passagers jusqu’à l’arrivée, quarante minutes plus tard de quatre passagères surprises par la pluie alors qu’elles comptaient sur un après-midi plage au bord du Lac d’Aiguebelette. Un tunnel franchissant la montagne, dix kilomètres d’autoroute et nous voilà au dernier rendez-vous programmé pour la quinzaine : l’Art hôtel. Le repas du soir sera un bon rattrapage de la soirée «boîtes Casino» : spécialités savoyardes délicieuses. Demain le train prendra le relais des pieds, mais si le chemin s’était poursuivi, nous serions partis comme les autres jours, avec les mêmes idées fraîches du matin, avec la même énergie à chaque départ. Nous retrouverons ces sensations l’année prochaine, mais certainement avec les mêmes douleurs des premiers jours.

Un plaisir : l’accueil de nos hôtes
Un luxe : la douche à l’arrivée
Une rencontre : Mamie de Copponex
Un paysage : le vignoble de Jongieux / la vue sur la vallée du Rhône depuis le belvédère du Mont Tournier
Une étape difficile : Allaman - Mies
Un moment difficile : la montée vers Saint-Pierre-de-Curtille
La chose la plus utile : les compeeds
Une chance : la météo
Une déception : le chemin suisse au bord du Lac Léman, d’Allaman à Genève
Une joie : avoir réussi ce premier défi.
Nous sommes donc arrivés au bout de notre première étape sur le «camino», ce fut une première expérience pour tester la forme physique et savoir si la «tête» suit les jambes sans trop de difficultés. En tous les cas nous ne nous sommes pas posés la question de savoir ce que nous faisions dans cette galère, mais plutôt de savoir comment gérer les étapes au mieux.
Rendez-vous en 2011 pour continuer cette expérience, qui nous mènera au Puy-en-Velay.

 

 

 

« A cette époque, ma quête spirituelle était liée à l’idée qu’il existait des secrets, des chemins mystérieux… Je croyais que ce qui est difficile et compliqué mène toujours à la compréhension du mystère et de la vie… »

Paulo Coelho, le pèlerin de Compostelle